Yatri en quête de sagesse

De Gangtok à Ravangla

Publié le 25 janvier 2017 à 05:59, Gangtok
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Mercredi 25 janvier, 10h.
Assise au Coffee Day de Gangtok, sur la large et agréable rue piétonne, Gandhi Marg, j'attends de prendre une jeep collective, qui ne partira qu'à midi, pour Ravangla. Mon encombrant bagage ne m'incite guère à explorer, d'autant que Gangtok est très étendue et en altitude. Je m'en suis rendu compte hier, en arrivant de Darjeeling, lorsqu'ayant été déposée à la station de jeeps de Deodari, j'ai entrepris de grimper la colline à pic. J'ai fini par héler un taxi collectif, qui, pour 10 roupies, m'a montée là-haut et laissée près de Gandhi Marg, qui me semble être le centre de la vie locale et commerçante, ainsi qu'une promenade pour des gens très détendus, curieux et accueillants. 
 
J'avais réservé via Internet une chambre au Red Cherry Residency, juste au-dessus. Un hôtel propre, aux chambres spacieuses, où on offre au client un kit brosse à dents/dentifrice et une bouteille d'eau du Sikkim, mais sans charme. J'avais une chambre sombre comme une grotte, donnant sur un mur. Pour une nuit, ça ne me dérangeait pas. Mais ce matin à huit heures, j'ai eu hâte de sortir retrouver le soleil et la vue sur le Kanchendzonga.
 
Après avoir posé mes bagages à l'hôtel hier, je suis vite allée en repérage avant la tombée de la nuit vers 17h15. Au sommet de la colline, au-dessus de Gandhi Marg, se trouve l'hôtel Pandim, qui figure comme coup de cœur du Lonely Planet et coup de cœur aussi de Bernard, un Américain rencontré au Root à Bodhgaya. Comme je vais devoir, à Gangtok, faire prolonger mon permis, qui court jusqu'au 7 février, alors que je ne veux partir que le 10, j'ai décidé de réserver la visite de ce lieu à mes dernières journées au Sikkim, en demeurant dans un bel endroit.
 
J'ai eu moi aussi le coup de cœur pour Pandim, sa petite terrasse pleine de plantes, sa salle commune avec banquettes tibétaines, boiseries, bibliothèque de voyageurs, peintures de grues - l'animal préféré du sympathique gérant des lieux ; et les chambres, avec mobilier tibétain, rouge à motifs de dragons et de lions des neiges, fauteuils d'osier et petite terrasse privative donnant sur la montagne, où prendre un petit déjeuner de rêve. Donc j'ai réservé pour le 6, jusqu'au 10, une belle  chambre de charme. Elle correspond en tous points à mes rêves. Je sais déjà que j'aurai du mal à redescendre ensuite vers les bruyantes et polluées Siliguri et Delhi !
 
(11h45) Je suis arrivée tôt ce matin au comptoir de réservation de taxis, j'ai donc réussi à avoir la meilleure place, la numéro un, à l'avant, près de la fenêtre, avec de la place devant moi et une bonne vue. Il y a un énorme moine entre le chauffeur et moi, je suis contente de ne pas être coincée entre les deux. Dans une jeep collective, il y a deux passagers à l'avant avec le chauffeur, puis quatre et quatre. Autant dire qu'à l'arrière, on a très peu de place, on est "squeezé", pour le dire à l'anglaise.
 
(Photo: tchai stop à Melli, entre Darjeeling et Gangtok. Mon taxi est le jaune, on voit même mon Gros Pépère bleu sur le toit)
 
 
(20h) Il y a toujours un tchai stop, "10 minutes, 10 minutes!" Mais c'est plutôt vingt, trente, quarante-cinq minutes parfois. On a le temps de découvrir la ou les dhabas de bord de route, de faire son choix, de commander et de se restaurer. Le chauffeur en profite pour laver sa jeep, plonger dans le moteur...
Sur la route de Ravangla, vers 14h on s'arrête devant une salle coquette, avec des petites tables propres, de grands fauteuils et sur le mur un décor peint en ombre chinoise, très exotique: la Tour Eiffel, sur fond de ciel étoilé, avec un avion comme en pilotait Saint-Exupéry qui lui tourne autour; et en lettres fleuries, Paris. Dans ce paysage de bananiers, de bougainvillées, de cultures en terrasses, choux-fleurs et divers légumes, de cascades dégringolant du haut des montagnes, c'est inattendu et drôle. 
Je choisis un chowmein aux légumes bien épicé, avec un tchai parfumé, et je le prends dehors sous un parasol, avec une petiote qui me montre un clip de Bollywood sur le portable de sa grande sœur, et un chien joyeux malgré ses deux pattes avant, sans doute cassées dans un accident et resoudées de travers. Le moine a avalé une belle quantité de momos quand on est prêt à repartir. La route porte les stigmates des glissements de terrain et tremblements de terre, et tout le long des ouvriers amènent cailloux et bitume pour en refaire des pans, jusqu'aux prochaines pluies torrentielles d'été. 
Mais voilà que notre jeep s'arrête et refuse de repartir même en seconde dans la descente. Le chauffeur soulève le capot, étudie le problème, se lance dans une réparation de fortune, tâchant de faire fondre deux fils avec son briquet pour n'en faire qu'un... Un chauffeur de camion laitier s'arrête pour l'aider. Je participe comme je peux, en prêtant au chauffeur ma bonne torche électrique, plus efficace que la lumière de son portable, et c'est le moine qui la tient pour lui. À l'arrière, personne ne se tracasse, ne se fâche ou ne s'impatiente, comme ce serait le cas en France. Au besoin, on finira la route à pied, il n'y a plus que vingt kilomètres... C'est bon, on repart...
 
Ravangla, que je connais de nom parce que l'Aide à l'Enfance Tibétaine, que je soutiens depuis longtemps, y mène des projets, est un gros bourg assez propre dont l'unique rue est constituée presque exclusivement d'hôtels. Y a-t-il tant de touristes à héberger ? Après m'être vu proposer des chambres aux rideaux sales, tristes et sombres, pour des prix supérieurs à ce que je payais à Darjeeling, j'arrive au Blue Spring, conseillé par Lonely Planet. On me propose une chambre propre et correcte, eau chaude à volonté et un petit balcon où installer un de mes deux fauteuils pour profiter de la belle vue sur les montagnes. Justement, alors que je contemple le village, dont tous les chiens se sont donné rendez-vous sur un petit terrain de foot, dans le ciel nocturne, juste en face de moi, une planète - cet astre est trop gros pour n'être qu'une étoile - semble me faire signe, son éclat m'évoque le feu d'un diamant. Vénus ?
Dommage, pas de connexion wifi, nulle part en ville. J'avais prévenu...
 
 

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