Yatri en quête de sagesse

Dernière étape au Sikkim

Publié le 7 février 2017 à 13:24, Gangtok
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Mardi 7 février 
Je suis au Baker's Café de Gandhi Marg, cette artère piétonne large et plate de Gangtok. Gangtok serpente sur plusieurs sommets, tout en pentes abruptes, et les petits taxis ne cessent de transporter les gens up and down. Il y a des shortcuts (raccourcis), des escaliers interminables aux marches hautes au terme desquels on arrive tout essoufflé.
 Alors le centre de la vie sociale et commerciale est ici. Tout le long de Gandhi Marg, il y a des bancs où se reposer avant de se remettre à déambuler et à faire du lèche-vitrine. Il y a beaucoup d'étudiants, un désir évident de modernité et une bonne qualité de vie.
J'ai prévu aujourd'hui d'aller me promener sur la crête, dans les arbres, mais il y avait d'abord un problème pratique important à régler. Il fallait aller à la chasse aux sous. Lorsque je quitterai mon hôtel Pandim vendredi, il me faudra bien payer Kesang, et il n'a pas le système nécessaire pour prendre les cartes de crédit, comme le jeune couple suisse ce matin le demandait. 
 
En effet, le gouvernement indien, pour des raisons que je ne comprends pas trop, selon lui pour lutter contre la corruption, a supprimé l'automne dernier les billets de 500 et de 1000 roupies en circulation. Pendant un temps il n'y a plus eu que des billets de 100 et de 2000 roupies. Maintenant il y a de nouveaux billets de 500, pas de 1000. 500 roupies: environ 7 euros. 
Très vite les commerces n'ont plus eu de monnaie, refusant de prendre les grosses coupures de 2000. Et les banques ont réduit les capacités de retrait aux distributeurs automatiques. Quand je suis arrivée à Bodhgaya on ne pouvait retirer que 4000 roupies à la fois. Puis ça a changé, le montant maximal est à présent de 10000 roupies, à condition qu'il y en ait assez dans le distributeur. Ainsi quand on a besoin d'argent, on fait la queue dans une longue file de gens inquiets, et on interroge chacun d'eux à sa sortie. Il y a de l'argent ? Parfois, on attend 10 ou 20 minutes, et puis quelqu'un sort, sombre, "no more cash!" Ou comme hier, "il n'y a plus que des billets de 100, et le retrait est limité à 500 roupies!" Tout le monde subit cela, l'économie indienne en a souffert, dont le secteur du tourisme, beaucoup de touristes indiens ayant annulé tous leurs projets de déplacement. Les banques, elles, prélèvent la même commission pour cartes de crédit de voyageurs, qu'on retire 1000 ou 10000 roupies, donc cette multiplication de petits retraits doit leur convenir... Il y a des élections dans plusieurs états indiens en ce moment, c'est pain bénit pour les adversaires de Modi, ils insistent sur les effets néfastes de cette "démonétarisation" sur l'économie et sur le quotidien de tous.
Ce matin je suis allée tôt au distributeur de la State Bank of India, pensant qu'à cette heure-là il y aurait quelque chose en caisse. Peine perdue, il m'a suffit de voir la tête que faisaient les gens en sortant de là. J'ai donc tenté ma chance dans une banque privée à côté qui prend plus de commission, et je n'ai pas été trop gourmande, 5000 roupies seulement. Je me trouverai un complément demain ou jeudi. J'ai une certaine somme en euros avec moi, mais je la garde pour une éventuelle extrême urgence. Et comme je m'étais promis que si j'arrivais à retirer une somme correcte, je fêterais ça avec un expresso dans ce lieu très chic de Gangtok, je m'offre ce qui est ici un petit luxe ainsi qu'un signe d'élégance et de modernité.
 
J'en suis à la dernière véritable étape de mon voyage. Vendredi soir je devrais être à Siliguri, mais c'est juste pour une nuit de transition, pour pouvoir prendre au matin un taxi vers l'aéroport de Bagdogra et un vol pour Delhi. Et Delhi, deux nuits avec l'optique de prendre mon vol pour Paris le 13. 
Gangtok, c'est ma dernière étape au Sikkim. C'est un temps de repos, les dernières ballades paisibles dans les arbres. Peut-être prendrai-je demain ou jeudi une jeep pour aller en face (26 kms, 1h30 de route) à Rumtek, où j'avais séjourné il y a 20 ans. Ou pas.
 
Quand je suis arrivée dimanche à l'hôtel Pandim, tout là-haut sur la crête, la première chose que j'ai faite après avoir fermé la porte de ma jolie chambre, spacieuse, avec boiseries, grand lit moelleux et propre, fauteuils en osier à installer sur le balcon pour regarder le Kanchendzonga, grande salle de bains joliment carrelée, télé où je peux suivre les nouvelles de la BBC et de CNN et des films en anglais, la première chose donc a été de faire un tas de presque tous mes vêtements et de les confier à Kesang pour les faire laver, de toute la poussière du chemin, de l'odeur de friture sur mon foulard de soie que je ne supportais plus. J'ai lavé moi-même mes sous-vêtements et j'ai plongé mon petit sac à dos, qui puait, dans le seau de la douche... et j'ai soupiré d'aise.
 
Je suis contente d'avoir fait ce voyage, qui dure depuis bientôt 7 semaines, un peu fière d'avoir réussi à relever le défi que je m'étais posé, et de m'être prouvé que je suis encore capable de m'adapter à toutes sortes de moyens de transport et d'hébergement, ravie des rencontres que j'ai faites en chemin, à Bodhgaya, à Darjeeling et au Sikkim, particulièrement à l'hôtel Garuda de Pelling, auquel je vais consacrer une page plus tard. J'ai eu le sentiment d'avoir 20 ans de moins, voire 42 ans de moins, tant mon séjour à Garuda me rappelait le bon vieux temps des auberges de jeunesse d'Ecosse, lors de mon tout premier vrai voyage. En même temps la fatigue se fait un peu sentir, avec l'envie de propreté, l'envie de lectures, de nouvelles du monde. Mon corps a fini par faire une réaction allergique aux piments ("chilli") dont on accompagne ici tous les légumes. Heureusement j'avais dans ma poche infirmerie des pilules homéopathiques, histaminum et apis mellifica, et en attendant qu'elles agissent, du gel d'aloe vera pour calmer les démangeaisons. 
 
(13h50, déjeuner sur les hauteurs de Gangtok, photo destinée à faire saliver mon Uriel: momos aux légumes)
 
 
Kesang est un jeune homme charmant qui tient cette maison avec sa mère, une dame au visage encore très beau, très doux, encadré de longs cheveux bruns. Ce matin au petit déjeuner, alors que la salle était pleine, un jeune couple suisse sur le départ, trois jeunes Japonais, un néo-zélandais aux cheveux gris fatigué et énervé, un couple indien bruyant, elle est venue tout doucement, discrètement, déposer à côté de mon joli pain tibétain tout doré et de ma théière une assiette de papaye coupée en dés. Juste pour moi, ce cadeau...
 
Hier j'ai résolu un problème pratique, et j'y ai perdu toute la matinée : faire prolonger mon permis, qui se terminait aujourd'hui, pour qu'il aille jusqu'à vendredi. Mais là-dessus, comme à Darjeeling, les renseignements de Lonely Planet sont faux. Donc, si jamais des voyageurs envisageant de se rendre au Sikkim me lisent, voici mes conseils: d'après l'expérience décevante du jeune couple suisse, il ne faut pas demander le permis de séjour en même temps que son visa avant de partir; d'une part on est moins libre, car il faut donner une date fixe d'entrée au Sikkim, mais aussi parce qu'on ne reçoit pas un document sur papier libre comme c'est le cas si on fait la demande à Darjeeling ou Siliguri; c'est ce papier qui portera l'extension du permis. Petit détail bureaucratique qui a son importance, car si on n'a pas ce papier, on doit alors retourner à la frontière pour obtenir  cette extension, ce qui demande 5 heures de jeep - dans un sens. L'adresse du bureau à Darjeeling est fausse, il faut prévoir une longue route en descendant Hill Cart Road avant de trouver un bureau dont les heures d'ouverture sont assez erratiques; éviter l'heure du déjeuner, et aussi l'heure de la sieste, tout en gardant à l'esprit que les bureaux, qui ouvrent à 10h, ferment à 16...
À Gangtok, les bureaux ne sont plus à Kazi Road, près de Gandhi Marg, mais dans le quartier de Tardong, tout en bas. Personne ne connaît, pas même les taxis. Partie à 9h, j'ai atteint mon objectif à 11h45, une longue marche dans la pollution de la circulation et la poussière des constructions. Au retour, j'ai arrêté un taxi (shared taxi, c'est-à-dire partagé avec d'autres passagers - le prix de toute course est de 20 roupies, et il y a des arrêts déterminés comme pour les arrêts de bus) et il m'a déposée au Namgyal Institute of Tibetology
 
C'est un petit, mais très intéressant musée, ouvert par le Chogyal d'alors en 1957, inauguré par le tout jeune Dalaï-lama. Les Chinois n'avaient pas encore fait valoir leurs prétentions sur le Tibet, et beaucoup des choses présentées là ont été offertes par de riches Tibétains qui leur ont ainsi permis d'échapper à la destruction. Extérieurement, l'architecture est celle d'une gompa, et on enlève ses chaussures à l'entrée.
Il y a par exemple de fines feuilles de palmier sur lesquelles est gravé le soutra de la prajnaparamita, datant du 6ème siècle, des livres très anciens avec les premiers écrits en alphabet  lepcha, des contes, une thangka montrant comment fut scellée au 17ème siècle l'amitié entre lepchas et bhutias devant les "4 saints du Sikkim" ( les trois lamas ayant unifié ces clans en une nation, et le premier Chogyal, souverain bouddhiste), et d'autres articles intéressants - pour qui s'intéresse au Sikkim, c'est mon cas. Il y avait pas mal de visiteurs, indiens, tibétains, sikkimis. 
 
(15h30)
Après une belle ballade sur la crête, où un très grand parc est consacré aux orchidées, le temps se couvrant, je retrouve le fauteuil d'osier sur mon balcon privé. Les montagnes ont disparu dans la brume, mais je profite encore de quelques rayons de soleil. Je vais en profiter pour faire un petit saut en arrière, et raconter mon séjour à Pelling, à l'hôtel Garuda.

momos

Publié le 12 février 2017 à 16:41 le emmanuelle
Quelle délicatesse dans la présentation de ces momos, tu nous rapporteras la recette pour réussir ces fines dentelles ? Chez nous c'était sushis maison hier soir à Lyon,une première !

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